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A Glaswegian Fall

Une journée sans fin

Il était une fois un étudiant modèle prénommé Jérôme. Son amour des voyages et des découvertes l’incita à s’engager dans une nouvelle aventure. Un jour pluvieux de septembre, il prit donc ses cliques et ses claques et s’envola pour la lointaine contrée des rois déchus, l’Ecosse. Récit d’un jour normal...

Tout débute au petit matin, il est alors huit heures tapantes. Confortablement lové dans son lit douillet et qui sent bon la lessive en poudre, qu’il avait soigneusement sélectionnée trois jours auparavant dans un des immenses rayons du magasin qui jouxte son appartement, Jérôme se décide à s’extraire de son nid, tel l’oisillon désireux de faire ses premiers essais de vol. La tête encore dans les étoiles, il se dirige d’un pas traînant mais d’un regard décidé vers les cabinets. Il est des besoins naturels auxquels aucun être sur cette terre ne peut se soustraire. Après s’être méticuleusement lavé les mains, des petits picotements lui rappellent qu’un autre besoin fondamental se doit d’être comblé au petit matin. La cuisine s’offre donc à lui et Jérôme y retrouve les premiers repères qui l’aident chaque matin à bien débuter la longue journée ; le toaster est en place, la confiture à la fraise sur la table, le beurre de cacahuètes aussi et l’eau bout. Déjà, les premières odeurs du « black tee » lui monte à la tête, lui ouvrant d’avantage encore l’appétit qui dévore son estomac. Trois tartines, un yogourt, un fruit et un thé plus tard, Jérôme est sous la douche et savonne l’entier de son corps, sans oublier les petits détails que sont les doigts de pied et les oreilles. Car s’il y a quelque chose qui l’insupporte, c’est de se sentir sale. Les rares fois où il dû se passer de la douche matinale, Jérôme eut la très désagréable impression que le monde entier le regardait et le reniflait.
Jérôme sort enfin de chez lui, affublé de son unique paire de chaussures noires, fabriquées en Chine par des petits enfants exploités, et de sa veste beige. Sur le chemin de l’université, il rencontre quelques badauds, qui, comme lui, accourent de parts et d’autres afin de rejoindre leur travail. Les voitures sont alignées en file, les klaxons se font entendre et l’air matinal sent le gaz d’échappement. Puisqu’il n’existe aucune boulangerie à Glasgow, inutile d’y chercher la moindre odeur de pain frais ou de croissant au beurre.
Après une bonne dizaine de minutes d’une marche active, Jérôme atteint enfin le haut lieu de l’intelligentsia écossaise. Précipité dans un des grands auditoires du « main building », il se trouve rapidement une place idéale à mi-chemin entre l’esplanade et la fenêtre. Le cours débute. La littérature écossaise, telle la boîte de Pandore, renferme d’innombrables secrets. À la différence que ceux-ci sont dévoilés aux scribes d’un instant. On leur parle de l’immensité de cette littérature, de son importance et du caractère inventif qu’elle emprunte à la fable. La littérature écossaise, à l’image du monstre du Loch Ness, est faite de légendes, de récits oraux, de fiction en somme. Ceci travaille Jérôme, tout passionné qu’il est par ces récits fabuleux et imaginaires. Son penchant narcissique lui entrouvre soudainement la possibilité d’une fiction dont il serait le héro. Mais tout héro n’est rien sans contexte, sans l’histoire qui mène l’homme simple qu’il est à ce personnage tant valorisé. Il s’imagine en Lancelot, l’un des valeureux chevaliers du Roi Arthur, ou en Harry Potter, le sorcier imaginaire. Mais que seraient-il sans les monstres de l’un et le Voldemort de l’autre. Jérôme n’aime pas les monstres et ne se voit pas non plus affronter un adversaire à la pointe de sa baguette, mais bien plutôt à la pointe de sa plume. Ne dit-on pas que « la plume est plus forte que l’épée » ? Impatient de coucher sur une feuille de papier blanc une première ébauche de son rêve égotiste, il s’installe dans son petit café habituel, situé à trois pas de son appartement. Ce petit café est rempli d’une chaleur dont il s’inspire pour écrire son premier récit. Les canapés noirs et rouges et les grandes fenêtres, qui laissent entrer une intense lumière, font de cet endroit un salon idéal pour les idées, qui se forment et se défont, qui s’imbriquent et qui se contredisent. La trame reste cependant d’une banalité toute banale, car Jérôme aime à s’exercer plutôt qu’à s’impatienter. Sans prétention mais avec la ferme croyance qu’il va peut-être être le héro de sa propre existence, il se met donc à l’écriture du récit de sa journée ma foi fort ordinaire, afin, peut-être, d’essayer de lui donner un sens dont il ignore lui-même la nature : « Il était une fois un étudiant modèle... »

Jérôme