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A Glaswegian Fall

La magie des sens

La vie est une « expérience sensible », certes. Les différents sons, odeurs, goûts, visions et touchers sont enregistrés par nos organes puis transmis à notre centrale, le cerveau. Et comme par hasard (évidemment !), c’est toujours au même moment que tous nos sens sont mis à l’épreuve. C’est le mariage des sens !

Effectivement, tandis que certains sens sont parfois les témoins d’une expérience extraordinaire de beauté et d’harmonies quasi oniriques, d’autres en revanche subissent dans un même temps les affres de la douloureuse réalité. Prenez par exemple un petit matin, le soleil se lève et éclaire la ville de cette couleur rouge typique des débuts de journées, les gens sont frais, vous êtes joyeux et vous vous sentez d’attaque mais voilà, à peine sorti de chez vous, une odeur d’étron fort désagréable vous indispose pour le restant de cette ex-fabuleuse journée. Autre exemple, vous êtes en Ecosse, la journée s’annonce belle, vous sortez précipitamment de chez vous car vous êtes en retard et sept minutes plus tard, il pleut des cordes. Au niveau des sens, ça donne ça : froid, mouillé, agacé ! Et depuis jeudi, mes sens sont mis à rudes épreuves, en bien comme en mal.
Tout débutait pourtant à merveille jeudi soir justement, lorsque je suis allé à ma désormais traditionnelle « Stammtisch » (il n’y a aucun pendant anglais pour ce terme, désolé), soit la soirée des étudiants en échange. Accompagné de ma colocataire polonaise Karolina, nous avons de suite entamé les choses sérieuses en commandant la bière locale, la Tennent’s. En faisant la queue pour quérir nos « rafraîchissements », j’ai pu discuter avec une charmante Américaine dont j’ai pu obtenir le numéro de téléphone. Comme quoi l’alcool n’est pas nécessairement un facteur d’exclusion sociale ! Une fois attablé, tous mes sens s’accordaient tout d’abord en une harmonie quasi parfaite ; le goût pour la bière, l’auditif pour la langue de Shakespeare et l’odorat pour la parfum unique des pubs écossais (pour rappel, pas de fumée dans les lieux publics au Royaume-Uni). Mais au fur et mesure que la soirée avançait, le pub se remplissait, mettant ainsi mon ouille face à la pire des épreuves : le bruit. Du coup, c’est la vision qui a pris le relais, puisque j’ai dû commencer à devoir lire sur les lèvres de ma colocataire afin d’essayer de deviner tout ce qu’elle pouvait bien me raconter. Dans ces cas, et pour faire bonne façon, rien de tel que de ponctuer son discours de « yeah », « mmm » ou « oh ! ». Et surtout d’éviter soigneusement les quiproquos !
Nous quittâmes le pub aux alentours de 23h et regagnâmes nos pénates. Au salon, tous nos colocataires ainsi que quelques-uns de leurs amis tiraient gaiement sur leurs clopes et buvaient leur bière. Nous nous joignîmes à cette joyeuse cavalcade. La deuxième partie de la soirée commençait alors... Nous gagnâmes « The Vic », la boîte de nuit « trendy » des étudiants en art (mes colocataires sont étudiants à la célèbre « School of Art » de Glasgow). Et là encore, mes sens ne m’ont épargné aucune épreuve ; effluves d’alcool et exsudations biologiques, visions d’horreur vestimentaire et renflements adipeux, mains moites et pieds ankylosés, « musique » assourdissante et cris éthyliques hystériques. Que du bonheur !
Le lendemain soir, j’avais rendez-vous avec un endroit beaucoup plus calme, endroit dont la moyenne d’âge ne doit guère se situer en dessous des 55 ans. Vous l’aurez deviné, les concerts classiques ont moins la cote chez les jeunes ! Dommage, ils ne savent pas ce qu’ils manquent... j’étais donc tranquillement installé dans mon siège dans cette magnifique salle de concert en train de feuilleter le programme avant le début, quand deux personnes sont venues s’asseoir à quelques sièges de moi. Là encore, vision d’horreur ! Madame, la soixantaine, les cheveux gras, sorte de Kathy Bates dans « Misery » avec 50 kilos en plus, visiblement accompagnée de son mari, 50 kilos tout mouillé, et qui n’a cessé de dodeliner durant tout le concert. Heureusement, la musique était magnifique ! Et comme par magie, certains sens, tout obnubilés qu’ils sont par tant d’émotions, en viennent à effacer ce que les autres peuvent bien capter !
Samedi soir enfin, 22h, je me rends chez Lorna, une fille que j’ai rencontrée et qui organise une petite fête dans son nouvel appartement. En fait, une crémaillère ! Par rapport à jeudi, je vivais enfin une vraie soirée, avec de la vraie musique et avec des vrais gens. On pouvait se parler et on pouvait même bouger, ô bonheur ! Tout aurait pu bien se terminer mais dans la « vraie vie », justement, il n’y a décidément pas que des « happy ends » (mais il y a tant de « happy moments » par contre !). En sortant de l’appartement à 2h30 du matin, les yeux bouffis et rougis, les réflexes dégradés par l’alcool et l’odorat qui roupillait déjà, j’ai évidemment manqué ce qui était pourtant immanquable... Quelqu’un avait éructé son repas du soir (j’ai pu détecter des pâtes, ce qui laisse supposer une alimentation riche en féculent, donc pas toujours très bien négociée par un estomac soumis au stress qu’impose l’abus d’alcool). Non seulement le pauvre bougre avait vomi, mais il en avait mis partout (et moi qui dit encore d’un ton joyeux à Marc, qui partait aussi, « Hey ! It’s slippery ! » [« Hey ! C’est glissant »]). Il en avait mis certes parterre mais surtout, sur la main-courante... sur laquelle, bien entendu, je me suis appuyé... Inutile de vous faire un dessin. Mon odorat s’est soudainement réveillé (je le hais celui-ci !), mon sens du toucher à la main droite est devenu ultrasensible et pour couronner le tout, puisque nous allions boire un dernier verre au Queen Margaret Union, il n’y avait pas de savon aux toilettes !!
Voilà, c’était le message « scato » de mon blog. Promis, le niveau va augmenter ! Donc, revenez en masse et ne fuyez pas devant tant de bêtises !
Sur ces bonnes paroles, amis, famille ou simple visiteur, bonne soirée et bonne semaine !

Jérôme

 

  "The Vic"!